Da Silva

LE REX , 15 Avenue Honoré Serres 31000 TOULOUSE

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  • En 2019, il y a ce drôle de mot qui pourrait résumer la situation de Da Silva. Apatride. Apatride dans un paysage musical du XXIe siècle où l'homme se sent forcément trop à l'étroit. Parce que les frontières, il s'en fiche. Parce que les étiquettes, les castes, les classes, il déteste - même s'il semble évident qu'il appartient à une lignée qui irait de Charles Aznavour à Daniel Darc (pour résumer).
    Depuis son apparition sur le devant de la scène en
    2004 - et très vite tout en haut de l'affiche (le single
    décisif L'Indécision sur l'album Décembre En Été) -,
    l'homme a emprunté les directions qui l'ont souvent
    mené là où personne ne l'attendait. Car entre deux
    albums studio, les succès et les tournées, il a écrit pour les enfants (cinq livres CD à ce jour), mis son talent de compositeur, auteur et producteur au service des autres (ici Soprano, là Jenifer), assouvi ses passions (pourlaphotographie,pourle théâtre, entre autres), cultivé des amitiés - et peut-être quelques inimitiés aussi.
    Alors, forcément, il semble loin le temps des premiers
    tâtonnements, des premiers pas, des premiers enregistrements, des premières aventures, du rock déglingué
    de Punishment Park, de la pop ourlée de Venus Coma,
    de l'electro ouatée de Mitsu. ll semble loin le temps de
    l'adolescence à Nevers pour ce Rennais d'adoption qui
    ne prend jamais rien pour acquis. Qui, plus que
    certains, accepte de se remettre en question. De se
    mettre en danger. De tout balayer d'un revers de main
    pour tout recommencer.
    Il en a été ainsi à l'heure d'imaginer ce septième
    album, mais son premier pour le label AT(h)OME.
    Da Silva a fait table rase de son passé (plus ou
    moins) récent. Pour ce disque qu'il a un instant pensé
    enregistrer à Cuba, il a choisi comme fil conducteur
    de ne pas en avoir. Il rêvait surtout “de bordel, de désordre”. Il souhaitait même retrouver ce que Finalement, on fantasme tous de retrouver. Ne serait-ce
    qu'une fois dans sa vie.
    “Aujourd'hui, je crois que je suis à la recherche de la
    première émotion que j'ai ressentie quand j' ai écouté
    The Cure à l'âge de 13 ans”. Cette même émotion que
    peut provoquer “la première belle cuite, le premier
    baiser réussi ou le premier sentiment vraiment amoureux, celui qui fait peur. On m'a souvent raconté que
    cela se reproduisait, mais je n'y crois pas”. Alors, bien
    sûr, comme tous ceux qui pensent quelque chose
    impossible, il n'a plus eu qu'une idée en tête : renouer
    avec ces premiers vertiges, en essayant d'être le moins
    professionnel possible, en redevenant un débutant “qui
    fait un peu n'importe quoi”. Mais qui finit par le faire bien
    - et c'est bien là l'essentiel -, grâce à une écriture
    décomplexée, grâce à une certaine négligence qui
    mène parfois à l'excellence. Derrière une pochette en
    guise d'hommage à la bande originale de Five Days
    From Home signée Bill Conti, Au revoir chagrin - clin
    d'oeil aumagnifique romande FrançoiseSagan ? -dévoile
    dix chansons (et ici, ce n'est pas un mot à prendre à la
    légère) aux personnalités bien trempées. Des chansons
    qui flirtent avec la pop (« S'agapo »), le reggae (« Le
    Garçon »), la valse (« Rien »), prennent un accent
    brésilien (« Loin ») ou mariachi (« À l'endroit de la
    douleur »). Des chansons où l'on croit apercevoir les
    silhouettes de Tom Waits, Jean-Louis Murat et Brigitte
    Fontaine, où l'esprit du label Saravah semble s'être
    glissé dans les silences, où l'on croise Sylvie Hoarau de
    Brigitte ou Hakim Hamadouche, un proche du regretté
    Rachid Taha. Épris comme jamais de cette liberté qui
    lui colle pourtant à la peau comme ces tatouages qu'il
    affectionne, entouré d'une garde rapprochée - Nicolas
    Fiszman à basse, aux guitares et coréalisateur du
    disque, Denis Benarosh à batterie, Reyn Ouwehand aux
    claviers, Olivier Bodson aux cuivres -, Da Silva a pris
    ses responsabilités pour imaginer un album exotique
    et métissé, une invitation à un voyage musical et mélodique « loin du monde » tel qu'on le connait aujourd'hui.
    Un voyage pour lequel on se contentera de prendre un
    aller simple.
    D