Philippe Caubère "Lettre De Mon Moulin"

Hall De Paris, Moissac

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  • J'ai relu les oeuvres d'Alphonse Daudet il y a un an de cela, par simple curiosité, pour voir si je ressentirais le même plaisir, le même trouble que pendant mon enfance. Emporté par la force de cette écriture, de cette pensée,
    par ce sens du drame et de la comédie, l'envie m'est venue d'en faire un spectacle. Et même deux différents pour que l'oeuvre puisse être donnée dans sa plus grande partie sans que chacune des deux soirées ne soit
    trop longue. Je ne vais pas me lancer dans de grandes théories littéraires ou théâtrales, - encore moins
    politiques...- pour expliquer mon choix de monter et jouer Alphonse Daudet plutôt que celui-ci ou celle-là. En
    définitive, la seule chose qui m'a vraiment motivé, c'est l'envie de m'amuser et d'amuser les autres, petits et
    grands. La seule à part une autre, plus particulière et personnelle ; après l'Adieu à Ferdinand, je savais qu'un vide se ferait sentir et qu'il me faudrait quelque chose de fort pour ne pas y sombrer. Une chose qui me ramène à
    l'enfance, à la mienne comme à celle de tout le monde. L'enfance de l'art aussi. Voilà, juste ça : des histoires, des paysages, des personnages, des accents. Et un pays. Le mien : la Provence.
    Cela ne sera pas une lecture... Je sais ce qu'est une « lecture jouée » pour en avoir fait souvent. Tous mes
    spectacles bâtis sur des textes qui n'étaient pas de moi, que ce soit Aragon, Montcouquiol, Benedetto, Suarès ou
    Pagnol, sont tous passés par cette étape. Et puis, Alain Cuny avec Claudel, Fabrice Luchini avec Céline, Jouvet
    et tant de poètes, plus près de moi Michel Galabru avec les lettres de Raimu, et bien d'autres donnent à ce genre
    ses titres de noblesse. Mais aussi valables soient ces exceptions, la lecture, « jouée » ou non, reste pour moi le degré zéro du théâtre. Apprendre le texte m'en paraît être le degré un, le mettre en scène le degré deux, et le
    jouer, - mais, attention : le BIEN jouer ! - le trois. Sauf que là... c'est une autre affaire. Au sujet de laquelle on ne peut faire aucune promesse, ni donner de garantie. Juste en émettre le souhait, l'espoir, peut-être le rêve. S'y employer avec le plus de force, de patience et d'acharnement possibles. C'est un choix artistique. Apprendre le texte, c'est choisir de le pénétrer plutôt que de le survoler, le visiter, l'explorer plutôt que de se contenter de se laisser « traverser » par lui, c'est s'en imprégner enfin, en jouir, en souffrir aussi, bref se l'approprier. Pour avoir une chance, une petite chance, d'un jour pouvoir l'incarner comme si on l'avait écrit. Jouer les Lettres de mon moulin comme si c'était moi qui les avais pensées, imaginées. Comme si je m'en étais souvenu. Comme si je les avais vécues.